"Wittgenstein, jeux de langage et philosophie sociale"
« Un pape est mort. Un pape est appelé à régner.
Araignée ?! Drôle de nom pour un pape.
Pourquoi pas libellule ou papillon ? »
Ludwig Wittgenstein, se proposait dans le Tractatus logico-philosophicus de montrer la logique comme l’archétype d’un langage dont la vocation est de décrire le monde. En d’autres termes, les relations de la logique, nous montre les relations des faits entre eux, la logique serait la science des relations qui nous permettent de décrire le monde. Le second Wittgenstein, des Recherches philosophiques, se préoccupe toujours du langage comme outil de description et de transmission d’informations. Cependant, la logique n’apparaît plus comme le langage du langage, c’est-à-dire comme le « système » auquel l’on pourrait réduire le langage. La logique, la poésie, l’ordre, la narration, apparaissent alors comme autant de « jeux de langage », c’est-à-dire de systèmes de règles permettant de comprendre la signification des mots et des phrases. « Mais alors l’application du mot n’est pas réglée, et le ‘’jeu’’ que nous jouons avec lui ne l’est pas non plus. » Chaque jeu de langage possède ses propres règles, son propre usage, sa propre interprétation des mots et des phrases. « Et se représenter un langage veut dire se représenter une forme de vie. » L’élaboration et la compréhension, par le philosophe, des « jeux de langage » passe donc aussi par la compréhension des « formes de vie » qui les utilisent. Ainsi, la compréhension des énoncés du langage passe, pour le philosophe, par une compréhension de la vie sociale dans laquelle ces jeux sont utilisés. On pourait peut-être dire, que la philosophie, avec Wittgenstein, devient une sorte d’étude des « us et coutumes » relatifs à l’emploi du langage.
C’est au travers de l’étude de la notion de « jeux de langage », que nous chercherons à comprendre en quoi découle de celle-ci, une approche de la philosophie sociale. Au travers des « formes de vie », des rites, des coutumes, de l’efficacité des expressions, nous montrerons, avec Wittgenstein, comment cette pensée de la communication, nous amène à comprendre le « jeu social ».
Tout d’abord, nous chercherons à éclaircir la notion de jeu et ses implications, avec les notions de « règles », de « but du jeu ». Nous nous demanderons alors qu’elles sont les implicatons sociales de ces différentes notions. Alors, nous nous interrogerons sur le devenir, le rôle, d’une philosophie construite à partir de la notion de « jeux de langage », et de la pensée du second Wittgenstein.
Demandons nous tout d’abord ce que Wittgenstein entend losqu’il nous parle de « jeux de langage ». Dans quel sens le langage peut-il être compris comme un jeu ? Quel lien y-a-t-il entre la signification d’un énoncé et l’analogie entre jeu et langage ? Voilà autant de problèmes que nous chercherons à résoudre dans cette première partie.
Comment peut-on définir un jeu ? Et de quel jeu parlons-nous ? Du jeu de dés, du jeu de l’acteur, du jeu en tant que simulacre ? Quand Wittgenstein nous parle de jeu, de quel analogie s’agit-il ? Ecoutons ce que nous dit Wittgenstein : « Mais nous parlons du langage comme nous parlerions du jeu d’échecs, en donnant les règles du jeu qui concernent les pièces, et non en décrivant leurs propriétés physiques. La question : ‘’Qu’est-ce en vérité qu’un mot ?’’ est analogue à celle-ci : ‘’Qu’est-ce qu’une pièce du jeu d’échecs ? ’’ » Ainsi, il s’agit bien là d’un jeu comme pourrait en être un le jeu de dés, ou le Monopoly. Mais peut-on définir cette sorte de jeu. Wittgenstein, nous montre qu’il est dificile de clarifier complètement la notion de jeu. Cependant, il nous dit aussi, qu’il est possible de réunir les jeux grâce à leur « air de famille ». Demandons-nous alors, quels sont les « airs de famille » qui nous intéresse ici pour comprendre la notion de « jeux de langage ». Wittgenstein, nous parle, dans la citation ci-dessus, du jeu d’échecs, demandons-nous donc quel « air de famille » il peut y avoir entre le langage et le jeu d’échecs. On se rend alors à l’évidence que le jeu d’échecs, comme le langage, obéissent à des règles. Ainsi, les règles de la grammaire pour l’un, les règles du déplacement des pions pour l’autre. Alors, la notion de « jeux de langage » implique qu’il existe des règles de langage, une grammaire du jeu qu’est le langage. Mais qu’elles sont ces règles ? La Grammaire ? Est-ce bien tout ? Ne retombe-t-on pas ici dans la proposition du Tractatus, c’est-à-dire, ne réduit-on pas le langage à la logique ? Qu’y aurait-il de plus dans le langage et dans le jeu d’échecs que nous n’aurions pas vu ?
Effectivement, on peut définir un mot suivant sa position grammaticale dans une phrase, mais cela en épuise-t-il le sens ? Effectivement, l’on peut définir un fou, comme le pion pouvant se déplacer sur les diagonales de l’échiquier, mais le fou se réduit-il à cela dans le jeu ? Ce pose ici la question du « but du jeu ». Dans quel but j’emploi ce mot ? Dans quel but j’emploi ce fou ? Autrement dit, quel est l’intérêt que j’ai à jouer à ce jeu ? Pour le jeu d’échecs, le but et de faire échecs et mat, c’est-à-dire d’immobiliser le roi de l’adversaire. Mais qu’en est-il pour le langage ? Quel serait le but du langage ? « La grammaire dit d’une chose qu’elle sorte d’objet elle est. » , ici, le but du langage serait la description des objets qui le compose, des mots, mais si l’on pousse l’interprétation plus loin, quelle est alors, le but de la description des mots ? La communication, le but du langage est la communication au travers des mots. Ainsi, de même qu’au travers des pièces du jeu d’échecs je cherche à faire échecs et mat, je cherche au travers des mots à faire passer une information, c’est lorsque que cette information passe que je peux dire que j’ai fait « échec et mat ». Mais alors, comment cette communication est-elle possible ? En effet, Wittgenstein critique ce que Bouveresse appelle le « mythe de l’intriorité » , autrement dit, il critique le fait que l’on puisse communiquer des états intérieurs. En effet, comment pourrais-je au travers de mots, communiquer l’expérience que j’ai de tel ou tel rouge, à un autre qui a une autre expérience de ce rouge ? Ainsi, ce ne sont pas nos expériences intérieures que nous communiquons, mais bien autre chose. Mais alors que communiquons nous ? Et comment pouvons-nous arriver à communiquer si nous ne parlons pas de la même chose ? Comment arrive-ton à élaborer une interprétation commune d’un énoncé ?
On a vu précédemment, que l’analogie du langage et du jeu, nous permet de dire qu’il existe dans le langage des règles, une grammaire, et un, ou des intérêts à jouer ce jeu, la communication. À partir de là, comment arrive-t-on à établir une interprétation commune ? Autrement dit, comment arrive-t-on à jouer le même jeu ? Lorsque je joue aux échecs avec quelqu’un, nous prenons, normalement, le parti de respecter les règles du jeu, et de poursuivre chacun le même but, à savoir immobiliser le roi de son adversaire. Autrement dit, nous établissons un consensus, nous nous faisons confiance, dans le cadre du jeu. De plus, pour pouvoir jouer aux échecs, il faut apprendre les règles du jeu. N’en est-il pas de même pour le langage ? Si je discute du temps avec quelqu’un, ne nous accordons nous pas tacitement sur ce dont nous parlons, c’est-à-dire sur le but et les règles de notre discussion. Ainsi, si je dis : « le ciel est bleu », dans ce cadre là, c’est pour signifier qu’il fait beau. Si j’avais dit : « le ciel est bleu », en parlant du plafond de la chapelle sixtine, cela aurait appartenu à un autre jeu de langage et aurait, dés lors eu un autre sens. Par exemple : « Quelle réussite ce bleu de Michel-Ange. » De plus, nous utilisons bien les mêmes règles pour communiquer, nous avons, subit le même « dressage », afin de pouvoir communiquer. Alors, le langage, nous apparaît bien comme un « jeu », c’est-à-dire comme un système de règles déterminé en vue d’un but sur lequel les joueurs ont établit un accord tacite, et dont ils ont fait l’apprentissage. Peut-être peut-on rapprocher cela du conventionnalisme de Hume, qui nous dit dans son Enquête, que la chose qui prime sur le contrat est bien la convention de langage, autrement dit le fait que chacune des parties accepte les conventions établit dans le cadre de la communication.
Ainsi, la notion de « jeux de langage » nous renvoit à celles de « règles », d’intérêt » ou de « but du jeu », et de « calcul », d’ « apprentissage ». Mais alors, quelles sont les conséquences d’une telle conception du langage ? Comment étudit-on alors un énoncé ? Comment peut-on en comprendre le sens d’un énoncé ? De quoi nous parle Wittgenstein lorsqu’il nous parle des règles d’un jeu de langage ? Dans quel sens faut-il comprendre la notion d’ « interprétation » d’un énoncé ? À quoi correspond l’intérêt, ou le but d’un jeu de langage ?
« ‘’En connectant la bare au levier, j’actionne les freins.’’ – Certes, mais du fait de tout le reste du mécanisme. Ce n’est un levier de frein qu’en relation avec ce mécanisme ; et séparé de son support ce n’est pas même un levier, mais ce peut-être tout ce qu’on voudra, ou rien. » Comment comprendre cela relativement à ce que nous avons déjà dit à propos des jeux de langage ? Quel est ce mécanisme dont nous parle Wittgenstein ?
Comme nous l’avons cité dans notre introduction : « Et se représenter un langage veut dire se représenter une forme de vie. » Le mécanisme, dans lequel il faut comprendre un mot est un jeu de langage rattaché à une « forme de vie ». La question qui se pose dans notre deuxième partie est donc de comprendre cette notion de « forme de vie ». Quel rapport Wittgentein fait-il entre « formes de vie » et « jeux de langage » ? On a vu que le jeu, quelqu’il soit, nécessite un consensus. Voilà ce que Wittgenstein entend par consensus : « Cest dans le langage que les hommes s’accordent. Cet accord n’est pas un consensus d’opinion, mais de forme de vie. » Ainsi, le consensus, qui découle de l’acception nécessaire des règles et des buts propre au jeu de langage, est un consensus de formes de vie. Alors, ces règles et c’est buts, ne seraient-ils pas les « us et coutumes » du langage, « us et coutumes » que nous aurions appris ? Autrement dit, ces formes de vie ne correspondent-elles pas aux différents usages que l’on fait des mots, usages auxquels nous avons été initiés, des énoncés, bref du langage ?
Si l’on reprend l’exemple du levier, on voit bien que pour que le levier soit un levier de frein, il faut comprendre et maîtriser le mécanisme qui le fait devenir tel. Ainsi, la « forme de vie » qui correspondrait au levier serait le mécanisme qui le fait comme levier. Ou plutôt l’usage que l’on a de ce levier en tant que levier de frein. « Suivre une règle, transmettre une information, donner un ordre, faire une partie d’échecs sont des coutumes (des usages, des institutions). Comprendre une phrase veut dire comprendre un langage. Comprendre un langage veut dire maîtriser une technique. » Ainsi, les « formes de vie » nous apparaissent ici comme les coutumes, les techniques, en vigueur dans un jeu de langage. Comprendre un jeu de langage, un énoncé, c’est comprendre les coutumes présents dans cet énoncé, c’est comprendre l’usage de cet énoncé. L’étude du langage devient une étude des « us et coutumes », des « rites » du langage et de leur apprentissage. Et Wittgenstein ajoute ceci : « La grammaire du mot ‘’savoir’’ est à l’évidence étroitement apparentée à la grammaire du mot ‘’pouvoir’’, ‘’être capable de’’, mais aussi à celle du mot ‘’comprendre’’. (‘’Maîtriser’’ une technique) » . Mais alors que devient ici la philosophie ? Qu’est-ce-que cela implique quant à la compréhension des notions de « règles », de « but du jeu », de « consensus » ? Autrement dit, quelle dimension cela donne-t-il à l’étude du langage ?
Pour chaque jeu de langage, c’est-à-dire pour chaque énoncé, il nous faut donc étudier son usage. Mais qu’est-ce que cela implique-t’il ? Comme on l’a vu, l’usage d’un énoncé, le jeu de langage, est possible parce que les joueurs établissent un consensus tacite, c’est-à-dire qu’ils acceptent de s’intégrer dans une communauté propre au jeu de langage qu’ils jouent. Ainsi, ne faut-il pas alors réinterpréter les jeux de langage, c’est-à-dire le langage lui-même, comme la réalité sociale primitive. Autrement dit, le langage, en tant qu’il est un jeu de langage, est une expression de la nature sociale de l’humain. Alors, que deviennent les notions de « règles », et de « but » ? Que faut’il comprendre lorsque Wittgenstein nous parle de « grammaire » ? La notion de « but », devient clairement ici, un but communautaire, c’est-à-dire faire passer une information par le biais d’une communauté créée par le langage. Les « règles », elles deviennent justement ces différents usages du langage, c’est-à-dire les différents emplois possibles d’un énoncé suivant la situation dans laquelle il s’insère, c’est-à-dire la « forme de vie » qui lui donne son sens. Par exemple, losque je dis « Bien joué ! » à mon adversaire aux échecs, n’a pas la même signification que lorsque je dis « bien joué ! » à un enfant qui vient de casser un service en porcelaine. Chacun de ces énoncés à un sens particulier en vertu d’une coutume particulière, faire une partie d’échec ou être ironique face à un enfant qui a fait une bêtise, c’est-à-dire en vertu d’une « forme » de vie dans lequel il est utilisé. La « grammaire » n’est donc plus seulement la compréhension d’un mot selon sa structure grammaticale au sens traditionnelle, mais bien la compréhension d’un énoncé à partir d’une grammaire qui est elle-même l’expression d’une « forme de vie ». Ainsi, contrairement au tractatus où Wittgenstein écrit : « La pensée est entourée de nimbe. – Son essence, la logique, représente un ordre, l’ordre a priori du monde, c’est-à-dire l’ordre des possibilités, qui doit être commun au monde et à la pensée. Mais cet ordre doit être semble-t-il, d’une extrême simplicité. » La grammaire n’est pas simplement logique, au sens du Tractaus, elle est logique au sens où chaque jeu de langage possède ses propres règles qui permettent de comprendre les significations de ses énoncés. Alors, il n’y a plus d’essence d’un ordre a priori du langage, bien au contraire, c’est dans l’effectivité des énoncés, c’est-à-dire dans leur usage a posteriori, que la logique trouve ses règles, que la grammaire, la règle propre à un jeu de langage trouve son contenu. Face à la simplicité logique du Tractatus, le second Wittgenstein des Recherches, nous propose un retour à la complexité de l’homme et de ses coutumes.
Ainsi, le langage est bien compréhensible en tant que « jeu de langage », c’est-à-dire que chaque énoncé trouve sa signification dans son usage, dans la « forme de vie » qui l’utilise. Mais alors que devient le travail du philosophe ? Que devient la philosophie ?
Tout d’abord, quel sens Wittgenstein donne à l’étude du langage ? Quel est l’intérêt d’une philosophie du langage et de la communication ? « Les problèmes qui proviennent d’une fausse interprétation des formes de notre langage ont le caractère de la profondeur. Ce sont de profondes inquiétudes qui sont enracinées en nous aussi profondément que les formes de notre langage, et dont la signification est aussi importnte que celle de notre langage. – Demandons-nous pourquoi nous ressentons un mot d’esprit grammatical comme profond. (Car il s’agit bien là de la profondeur philosophique.) » Ici, Wittgenstein nous apprend ce qui selon lui fût la grande erreur de la philosophie. C’est-à-dire de donner le caractère de la profondeur à des énoncés mal interprétés, non compris dans leur jeu de langage. Cependant, il n’enlève aucunement d’importance à ce type d’énoncé. Bien au contraire, il qualifie ces énoncés comme de véritables problèmes ancrés dans notre nature profonde. Mais quels rôles ont-ils alors ? « Le philosophe traite une question comme on traite une maladie. » c’est-à-dire que ces énoncés, mal interprété, reflètent des inquiètudes profondes de l’humain. Mais le rôle du philosophe est alors changé. Ainsi, il se doit d’éclairer ces énoncés afin de désamorcer ces inquiétudes. La philosophie acquiert (si tant est qu’elle l’est perdue, n’oublions pas que pour Socrate le philosophe est le « médecin de l’âme ») une fonction thérapeutique.
Ainsi, la philosophie n’est plus là pour poser des questions, énoncés des problèmes, mais bien pour analyser les « jeux de langage » afin de comprendre et de « soigner » les inquiétudes de l’humain. En étudiant, le langage au travers des « formes de vie », de ses usages, Wittgenstein nous propose de comprendre les inquiétudes, les angoisses humaines. Mais pour cela, plus besoin de métaphysique, c’est bien dans l’étude du langage quotidien que l’on cherchera le sens des énoncés « philosophiques ». « Nous reconduisons les mots de leur usage métaphysique à leur usage quotidien. » « Mais en réalité les mots ‘’langage’’, ‘’expérience’’ , ‘’monde’’, s’ils possèdent un usage, doivent en avoir un d’aussi modeste que les mots ‘’table’’, ‘’lampe’’, ‘’porte’’. » La philosophie n’a plus a se préoccuper de la métaphysique, mais bien de questions anthropologiques. La questions des techniques, des usages, des coutumes, des rites, qui donnent sens à nos énoncés et qui fondent nos communautés de langage, voire nos communauté tout court, c’est-à-dire nos usages du langages. Usages qui, reflétant nos coutumes, reflètent donc aussi nos inquiètudes profondes, exprimées dans ces coutumes. Ici, on peut peut-être rapprocher cela de ce que Nietzsche nous demandé déjà de faire dans La généalogie de la morale, à savoir l’étude des questions posées par les moralistes au jour des complexes de forces qu’elles exprimées. C’est-à-dire les inquiétudes, les angoisses, qu’elles exprimées quand à la conduite humaine.
Alors, on peut se demander si la philosophie que nous propose Wittgenstein, n’est pas avant tout un questionnement éthique, au sens où elle recherche un soulagement de nos inquiétudes, un mieux vivre. On peut également se demander si la philosophie comprise de cette façon, n’est pas plutôt une anthropologie, une anthropologie du langage quotidien, voire tout simplement une anthropologie du quotidien. C’est bien en étudaint les comportements humians, les techniques, les rites, que l’on peut reconstruire le jeux de langages dans lesquels s’incèrent des énoncés. Peut-être peut-on alors rapprocher aujourd’hui, les travaux de Wittgenstein des travaux de Michel Maffesoli, qui, lui aussi, cherche dans le quotidien l’expression de nos angoisses et de nos inquiétudes, sans pour autant chercher à les anihiler, ou à les dépasser. La tâche du philosophe n’est-elle pas après tout d’éclairer l’homme sur ces peurs et sur la façon de les comprendre, c’est-à-dire, pour reprendre une expression de Maffesoli, de les « homéopathiser » ?
Wittgentsein, dans les Recherches philosophiques, nous propose donc de réinterpréter et de réorienter le rôle de la philosophie. C’est au travers des « jeux de langage » et de leurs implications anthropologiques que cela est rendu possible.
Nous souhaiterions également remarquer, l’ « air de famille » qui nous semble exister entre la notion de « jeux de langage » et le jeu de Go. Le jeu de Go est un jeu chinois qui a plus de 4000 ans. Ce jeu possède un nombre très restreint de règles, mais c’est là ce qui fait toute son originalité. Ainsi, dans le jeu de Go, les très grands joueurs sont justement ceux qui possèdent l’expérience du jeu, ceux qui se sont attelé à un apprentissage pratique du jeu, à apprendre, par l’expérience à reconnaître les formes performantes. De plus, c’est un jeux où les pièces du jeu n’ont de rôle et de sens qu’en connection avec l’ensemble du plateau de jeu. Ainsi, comme pour les « jeux de langage », le jeu de Go nous invite à comprendre les pièces du jeu, non seulement en étudiant les « us et coutumes » du jeu, mais également les formes reconnaissables qui donnent sens aux coups joués. Ainsi, peut-être peut-on proposer comme analogie des « jeux de langage », le langage comme un jeu de Go. À ce propos on peut rappeler ce que Georges Perec nous dit du jeux de Go . Ainsi, pour Perec, il n’y a d’équivalent au jeu de Go que le langage. Il n’y a, selon lui, que le langage qui permette tant de possibilités que le jeu de Go. Il nous semblerait intéressant, dans l’interprétation de la notion de « jeux de langage », d’étoffer et d’analyser cette analogie avec le jeu de Go.
Araignée ?! Drôle de nom pour un pape.
Pourquoi pas libellule ou papillon ? »
Ludwig Wittgenstein, se proposait dans le Tractatus logico-philosophicus de montrer la logique comme l’archétype d’un langage dont la vocation est de décrire le monde. En d’autres termes, les relations de la logique, nous montre les relations des faits entre eux, la logique serait la science des relations qui nous permettent de décrire le monde. Le second Wittgenstein, des Recherches philosophiques, se préoccupe toujours du langage comme outil de description et de transmission d’informations. Cependant, la logique n’apparaît plus comme le langage du langage, c’est-à-dire comme le « système » auquel l’on pourrait réduire le langage. La logique, la poésie, l’ordre, la narration, apparaissent alors comme autant de « jeux de langage », c’est-à-dire de systèmes de règles permettant de comprendre la signification des mots et des phrases. « Mais alors l’application du mot n’est pas réglée, et le ‘’jeu’’ que nous jouons avec lui ne l’est pas non plus. » Chaque jeu de langage possède ses propres règles, son propre usage, sa propre interprétation des mots et des phrases. « Et se représenter un langage veut dire se représenter une forme de vie. » L’élaboration et la compréhension, par le philosophe, des « jeux de langage » passe donc aussi par la compréhension des « formes de vie » qui les utilisent. Ainsi, la compréhension des énoncés du langage passe, pour le philosophe, par une compréhension de la vie sociale dans laquelle ces jeux sont utilisés. On pourait peut-être dire, que la philosophie, avec Wittgenstein, devient une sorte d’étude des « us et coutumes » relatifs à l’emploi du langage.
C’est au travers de l’étude de la notion de « jeux de langage », que nous chercherons à comprendre en quoi découle de celle-ci, une approche de la philosophie sociale. Au travers des « formes de vie », des rites, des coutumes, de l’efficacité des expressions, nous montrerons, avec Wittgenstein, comment cette pensée de la communication, nous amène à comprendre le « jeu social ».
Tout d’abord, nous chercherons à éclaircir la notion de jeu et ses implications, avec les notions de « règles », de « but du jeu ». Nous nous demanderons alors qu’elles sont les implicatons sociales de ces différentes notions. Alors, nous nous interrogerons sur le devenir, le rôle, d’une philosophie construite à partir de la notion de « jeux de langage », et de la pensée du second Wittgenstein.
Demandons nous tout d’abord ce que Wittgenstein entend losqu’il nous parle de « jeux de langage ». Dans quel sens le langage peut-il être compris comme un jeu ? Quel lien y-a-t-il entre la signification d’un énoncé et l’analogie entre jeu et langage ? Voilà autant de problèmes que nous chercherons à résoudre dans cette première partie.
Comment peut-on définir un jeu ? Et de quel jeu parlons-nous ? Du jeu de dés, du jeu de l’acteur, du jeu en tant que simulacre ? Quand Wittgenstein nous parle de jeu, de quel analogie s’agit-il ? Ecoutons ce que nous dit Wittgenstein : « Mais nous parlons du langage comme nous parlerions du jeu d’échecs, en donnant les règles du jeu qui concernent les pièces, et non en décrivant leurs propriétés physiques. La question : ‘’Qu’est-ce en vérité qu’un mot ?’’ est analogue à celle-ci : ‘’Qu’est-ce qu’une pièce du jeu d’échecs ? ’’ » Ainsi, il s’agit bien là d’un jeu comme pourrait en être un le jeu de dés, ou le Monopoly. Mais peut-on définir cette sorte de jeu. Wittgenstein, nous montre qu’il est dificile de clarifier complètement la notion de jeu. Cependant, il nous dit aussi, qu’il est possible de réunir les jeux grâce à leur « air de famille ». Demandons-nous alors, quels sont les « airs de famille » qui nous intéresse ici pour comprendre la notion de « jeux de langage ». Wittgenstein, nous parle, dans la citation ci-dessus, du jeu d’échecs, demandons-nous donc quel « air de famille » il peut y avoir entre le langage et le jeu d’échecs. On se rend alors à l’évidence que le jeu d’échecs, comme le langage, obéissent à des règles. Ainsi, les règles de la grammaire pour l’un, les règles du déplacement des pions pour l’autre. Alors, la notion de « jeux de langage » implique qu’il existe des règles de langage, une grammaire du jeu qu’est le langage. Mais qu’elles sont ces règles ? La Grammaire ? Est-ce bien tout ? Ne retombe-t-on pas ici dans la proposition du Tractatus, c’est-à-dire, ne réduit-on pas le langage à la logique ? Qu’y aurait-il de plus dans le langage et dans le jeu d’échecs que nous n’aurions pas vu ?
Effectivement, on peut définir un mot suivant sa position grammaticale dans une phrase, mais cela en épuise-t-il le sens ? Effectivement, l’on peut définir un fou, comme le pion pouvant se déplacer sur les diagonales de l’échiquier, mais le fou se réduit-il à cela dans le jeu ? Ce pose ici la question du « but du jeu ». Dans quel but j’emploi ce mot ? Dans quel but j’emploi ce fou ? Autrement dit, quel est l’intérêt que j’ai à jouer à ce jeu ? Pour le jeu d’échecs, le but et de faire échecs et mat, c’est-à-dire d’immobiliser le roi de l’adversaire. Mais qu’en est-il pour le langage ? Quel serait le but du langage ? « La grammaire dit d’une chose qu’elle sorte d’objet elle est. » , ici, le but du langage serait la description des objets qui le compose, des mots, mais si l’on pousse l’interprétation plus loin, quelle est alors, le but de la description des mots ? La communication, le but du langage est la communication au travers des mots. Ainsi, de même qu’au travers des pièces du jeu d’échecs je cherche à faire échecs et mat, je cherche au travers des mots à faire passer une information, c’est lorsque que cette information passe que je peux dire que j’ai fait « échec et mat ». Mais alors, comment cette communication est-elle possible ? En effet, Wittgenstein critique ce que Bouveresse appelle le « mythe de l’intriorité » , autrement dit, il critique le fait que l’on puisse communiquer des états intérieurs. En effet, comment pourrais-je au travers de mots, communiquer l’expérience que j’ai de tel ou tel rouge, à un autre qui a une autre expérience de ce rouge ? Ainsi, ce ne sont pas nos expériences intérieures que nous communiquons, mais bien autre chose. Mais alors que communiquons nous ? Et comment pouvons-nous arriver à communiquer si nous ne parlons pas de la même chose ? Comment arrive-ton à élaborer une interprétation commune d’un énoncé ?
On a vu précédemment, que l’analogie du langage et du jeu, nous permet de dire qu’il existe dans le langage des règles, une grammaire, et un, ou des intérêts à jouer ce jeu, la communication. À partir de là, comment arrive-t-on à établir une interprétation commune ? Autrement dit, comment arrive-t-on à jouer le même jeu ? Lorsque je joue aux échecs avec quelqu’un, nous prenons, normalement, le parti de respecter les règles du jeu, et de poursuivre chacun le même but, à savoir immobiliser le roi de son adversaire. Autrement dit, nous établissons un consensus, nous nous faisons confiance, dans le cadre du jeu. De plus, pour pouvoir jouer aux échecs, il faut apprendre les règles du jeu. N’en est-il pas de même pour le langage ? Si je discute du temps avec quelqu’un, ne nous accordons nous pas tacitement sur ce dont nous parlons, c’est-à-dire sur le but et les règles de notre discussion. Ainsi, si je dis : « le ciel est bleu », dans ce cadre là, c’est pour signifier qu’il fait beau. Si j’avais dit : « le ciel est bleu », en parlant du plafond de la chapelle sixtine, cela aurait appartenu à un autre jeu de langage et aurait, dés lors eu un autre sens. Par exemple : « Quelle réussite ce bleu de Michel-Ange. » De plus, nous utilisons bien les mêmes règles pour communiquer, nous avons, subit le même « dressage », afin de pouvoir communiquer. Alors, le langage, nous apparaît bien comme un « jeu », c’est-à-dire comme un système de règles déterminé en vue d’un but sur lequel les joueurs ont établit un accord tacite, et dont ils ont fait l’apprentissage. Peut-être peut-on rapprocher cela du conventionnalisme de Hume, qui nous dit dans son Enquête, que la chose qui prime sur le contrat est bien la convention de langage, autrement dit le fait que chacune des parties accepte les conventions établit dans le cadre de la communication.
Ainsi, la notion de « jeux de langage » nous renvoit à celles de « règles », d’intérêt » ou de « but du jeu », et de « calcul », d’ « apprentissage ». Mais alors, quelles sont les conséquences d’une telle conception du langage ? Comment étudit-on alors un énoncé ? Comment peut-on en comprendre le sens d’un énoncé ? De quoi nous parle Wittgenstein lorsqu’il nous parle des règles d’un jeu de langage ? Dans quel sens faut-il comprendre la notion d’ « interprétation » d’un énoncé ? À quoi correspond l’intérêt, ou le but d’un jeu de langage ?
« ‘’En connectant la bare au levier, j’actionne les freins.’’ – Certes, mais du fait de tout le reste du mécanisme. Ce n’est un levier de frein qu’en relation avec ce mécanisme ; et séparé de son support ce n’est pas même un levier, mais ce peut-être tout ce qu’on voudra, ou rien. » Comment comprendre cela relativement à ce que nous avons déjà dit à propos des jeux de langage ? Quel est ce mécanisme dont nous parle Wittgenstein ?
Comme nous l’avons cité dans notre introduction : « Et se représenter un langage veut dire se représenter une forme de vie. » Le mécanisme, dans lequel il faut comprendre un mot est un jeu de langage rattaché à une « forme de vie ». La question qui se pose dans notre deuxième partie est donc de comprendre cette notion de « forme de vie ». Quel rapport Wittgentein fait-il entre « formes de vie » et « jeux de langage » ? On a vu que le jeu, quelqu’il soit, nécessite un consensus. Voilà ce que Wittgenstein entend par consensus : « Cest dans le langage que les hommes s’accordent. Cet accord n’est pas un consensus d’opinion, mais de forme de vie. » Ainsi, le consensus, qui découle de l’acception nécessaire des règles et des buts propre au jeu de langage, est un consensus de formes de vie. Alors, ces règles et c’est buts, ne seraient-ils pas les « us et coutumes » du langage, « us et coutumes » que nous aurions appris ? Autrement dit, ces formes de vie ne correspondent-elles pas aux différents usages que l’on fait des mots, usages auxquels nous avons été initiés, des énoncés, bref du langage ?
Si l’on reprend l’exemple du levier, on voit bien que pour que le levier soit un levier de frein, il faut comprendre et maîtriser le mécanisme qui le fait devenir tel. Ainsi, la « forme de vie » qui correspondrait au levier serait le mécanisme qui le fait comme levier. Ou plutôt l’usage que l’on a de ce levier en tant que levier de frein. « Suivre une règle, transmettre une information, donner un ordre, faire une partie d’échecs sont des coutumes (des usages, des institutions). Comprendre une phrase veut dire comprendre un langage. Comprendre un langage veut dire maîtriser une technique. » Ainsi, les « formes de vie » nous apparaissent ici comme les coutumes, les techniques, en vigueur dans un jeu de langage. Comprendre un jeu de langage, un énoncé, c’est comprendre les coutumes présents dans cet énoncé, c’est comprendre l’usage de cet énoncé. L’étude du langage devient une étude des « us et coutumes », des « rites » du langage et de leur apprentissage. Et Wittgenstein ajoute ceci : « La grammaire du mot ‘’savoir’’ est à l’évidence étroitement apparentée à la grammaire du mot ‘’pouvoir’’, ‘’être capable de’’, mais aussi à celle du mot ‘’comprendre’’. (‘’Maîtriser’’ une technique) » . Mais alors que devient ici la philosophie ? Qu’est-ce-que cela implique quant à la compréhension des notions de « règles », de « but du jeu », de « consensus » ? Autrement dit, quelle dimension cela donne-t-il à l’étude du langage ?
Pour chaque jeu de langage, c’est-à-dire pour chaque énoncé, il nous faut donc étudier son usage. Mais qu’est-ce que cela implique-t’il ? Comme on l’a vu, l’usage d’un énoncé, le jeu de langage, est possible parce que les joueurs établissent un consensus tacite, c’est-à-dire qu’ils acceptent de s’intégrer dans une communauté propre au jeu de langage qu’ils jouent. Ainsi, ne faut-il pas alors réinterpréter les jeux de langage, c’est-à-dire le langage lui-même, comme la réalité sociale primitive. Autrement dit, le langage, en tant qu’il est un jeu de langage, est une expression de la nature sociale de l’humain. Alors, que deviennent les notions de « règles », et de « but » ? Que faut’il comprendre lorsque Wittgenstein nous parle de « grammaire » ? La notion de « but », devient clairement ici, un but communautaire, c’est-à-dire faire passer une information par le biais d’une communauté créée par le langage. Les « règles », elles deviennent justement ces différents usages du langage, c’est-à-dire les différents emplois possibles d’un énoncé suivant la situation dans laquelle il s’insère, c’est-à-dire la « forme de vie » qui lui donne son sens. Par exemple, losque je dis « Bien joué ! » à mon adversaire aux échecs, n’a pas la même signification que lorsque je dis « bien joué ! » à un enfant qui vient de casser un service en porcelaine. Chacun de ces énoncés à un sens particulier en vertu d’une coutume particulière, faire une partie d’échec ou être ironique face à un enfant qui a fait une bêtise, c’est-à-dire en vertu d’une « forme » de vie dans lequel il est utilisé. La « grammaire » n’est donc plus seulement la compréhension d’un mot selon sa structure grammaticale au sens traditionnelle, mais bien la compréhension d’un énoncé à partir d’une grammaire qui est elle-même l’expression d’une « forme de vie ». Ainsi, contrairement au tractatus où Wittgenstein écrit : « La pensée est entourée de nimbe. – Son essence, la logique, représente un ordre, l’ordre a priori du monde, c’est-à-dire l’ordre des possibilités, qui doit être commun au monde et à la pensée. Mais cet ordre doit être semble-t-il, d’une extrême simplicité. » La grammaire n’est pas simplement logique, au sens du Tractaus, elle est logique au sens où chaque jeu de langage possède ses propres règles qui permettent de comprendre les significations de ses énoncés. Alors, il n’y a plus d’essence d’un ordre a priori du langage, bien au contraire, c’est dans l’effectivité des énoncés, c’est-à-dire dans leur usage a posteriori, que la logique trouve ses règles, que la grammaire, la règle propre à un jeu de langage trouve son contenu. Face à la simplicité logique du Tractatus, le second Wittgenstein des Recherches, nous propose un retour à la complexité de l’homme et de ses coutumes.
Ainsi, le langage est bien compréhensible en tant que « jeu de langage », c’est-à-dire que chaque énoncé trouve sa signification dans son usage, dans la « forme de vie » qui l’utilise. Mais alors que devient le travail du philosophe ? Que devient la philosophie ?
Tout d’abord, quel sens Wittgenstein donne à l’étude du langage ? Quel est l’intérêt d’une philosophie du langage et de la communication ? « Les problèmes qui proviennent d’une fausse interprétation des formes de notre langage ont le caractère de la profondeur. Ce sont de profondes inquiétudes qui sont enracinées en nous aussi profondément que les formes de notre langage, et dont la signification est aussi importnte que celle de notre langage. – Demandons-nous pourquoi nous ressentons un mot d’esprit grammatical comme profond. (Car il s’agit bien là de la profondeur philosophique.) » Ici, Wittgenstein nous apprend ce qui selon lui fût la grande erreur de la philosophie. C’est-à-dire de donner le caractère de la profondeur à des énoncés mal interprétés, non compris dans leur jeu de langage. Cependant, il n’enlève aucunement d’importance à ce type d’énoncé. Bien au contraire, il qualifie ces énoncés comme de véritables problèmes ancrés dans notre nature profonde. Mais quels rôles ont-ils alors ? « Le philosophe traite une question comme on traite une maladie. » c’est-à-dire que ces énoncés, mal interprété, reflètent des inquiètudes profondes de l’humain. Mais le rôle du philosophe est alors changé. Ainsi, il se doit d’éclairer ces énoncés afin de désamorcer ces inquiétudes. La philosophie acquiert (si tant est qu’elle l’est perdue, n’oublions pas que pour Socrate le philosophe est le « médecin de l’âme ») une fonction thérapeutique.
Ainsi, la philosophie n’est plus là pour poser des questions, énoncés des problèmes, mais bien pour analyser les « jeux de langage » afin de comprendre et de « soigner » les inquiétudes de l’humain. En étudiant, le langage au travers des « formes de vie », de ses usages, Wittgenstein nous propose de comprendre les inquiétudes, les angoisses humaines. Mais pour cela, plus besoin de métaphysique, c’est bien dans l’étude du langage quotidien que l’on cherchera le sens des énoncés « philosophiques ». « Nous reconduisons les mots de leur usage métaphysique à leur usage quotidien. » « Mais en réalité les mots ‘’langage’’, ‘’expérience’’ , ‘’monde’’, s’ils possèdent un usage, doivent en avoir un d’aussi modeste que les mots ‘’table’’, ‘’lampe’’, ‘’porte’’. » La philosophie n’a plus a se préoccuper de la métaphysique, mais bien de questions anthropologiques. La questions des techniques, des usages, des coutumes, des rites, qui donnent sens à nos énoncés et qui fondent nos communautés de langage, voire nos communauté tout court, c’est-à-dire nos usages du langages. Usages qui, reflétant nos coutumes, reflètent donc aussi nos inquiètudes profondes, exprimées dans ces coutumes. Ici, on peut peut-être rapprocher cela de ce que Nietzsche nous demandé déjà de faire dans La généalogie de la morale, à savoir l’étude des questions posées par les moralistes au jour des complexes de forces qu’elles exprimées. C’est-à-dire les inquiétudes, les angoisses, qu’elles exprimées quand à la conduite humaine.
Alors, on peut se demander si la philosophie que nous propose Wittgenstein, n’est pas avant tout un questionnement éthique, au sens où elle recherche un soulagement de nos inquiétudes, un mieux vivre. On peut également se demander si la philosophie comprise de cette façon, n’est pas plutôt une anthropologie, une anthropologie du langage quotidien, voire tout simplement une anthropologie du quotidien. C’est bien en étudaint les comportements humians, les techniques, les rites, que l’on peut reconstruire le jeux de langages dans lesquels s’incèrent des énoncés. Peut-être peut-on alors rapprocher aujourd’hui, les travaux de Wittgenstein des travaux de Michel Maffesoli, qui, lui aussi, cherche dans le quotidien l’expression de nos angoisses et de nos inquiétudes, sans pour autant chercher à les anihiler, ou à les dépasser. La tâche du philosophe n’est-elle pas après tout d’éclairer l’homme sur ces peurs et sur la façon de les comprendre, c’est-à-dire, pour reprendre une expression de Maffesoli, de les « homéopathiser » ?
Wittgentsein, dans les Recherches philosophiques, nous propose donc de réinterpréter et de réorienter le rôle de la philosophie. C’est au travers des « jeux de langage » et de leurs implications anthropologiques que cela est rendu possible.
Nous souhaiterions également remarquer, l’ « air de famille » qui nous semble exister entre la notion de « jeux de langage » et le jeu de Go. Le jeu de Go est un jeu chinois qui a plus de 4000 ans. Ce jeu possède un nombre très restreint de règles, mais c’est là ce qui fait toute son originalité. Ainsi, dans le jeu de Go, les très grands joueurs sont justement ceux qui possèdent l’expérience du jeu, ceux qui se sont attelé à un apprentissage pratique du jeu, à apprendre, par l’expérience à reconnaître les formes performantes. De plus, c’est un jeux où les pièces du jeu n’ont de rôle et de sens qu’en connection avec l’ensemble du plateau de jeu. Ainsi, comme pour les « jeux de langage », le jeu de Go nous invite à comprendre les pièces du jeu, non seulement en étudiant les « us et coutumes » du jeu, mais également les formes reconnaissables qui donnent sens aux coups joués. Ainsi, peut-être peut-on proposer comme analogie des « jeux de langage », le langage comme un jeu de Go. À ce propos on peut rappeler ce que Georges Perec nous dit du jeux de Go . Ainsi, pour Perec, il n’y a d’équivalent au jeu de Go que le langage. Il n’y a, selon lui, que le langage qui permette tant de possibilités que le jeu de Go. Il nous semblerait intéressant, dans l’interprétation de la notion de « jeux de langage », d’étoffer et d’analyser cette analogie avec le jeu de Go.

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